Ne nous égarons pas dans les détails décoratifs : je suis un solitaire de bonne compagnie. Faut pas trop me courir sur le haricot, c'est tout !
Par Géhèm

D'après Jean-Léon Gérôme, Phryné devant l'aréopage (1861).
Nous sommes le 18 mai, j'aurais pu célébrer l'anniversaire de Bernadette Chirac, mais non...
Je préfère commémorer la réception de notre bonne Marguerite Y. à l'Académie française.
Eh oui, c'est comme ça, indomptable je suis !
Voilà que, du coup, Jean d'O pensait avoir enfin saisi son quart d'heure de gloire, mais non...
Une fois de plus coiffé à l'applaudimètre, le Jean d'O.
Johnny Hallyday - L'idole des jeunes :
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Pour compléter plusieurs commentaires :
[...]
MOI : Qu'ai-je donc fait à l'Académie, cher et illustre maître ? Vous avez raison : pas grand-chose, en vérité. Sauf une révolution. En 1981, j'y ai fait entrer , contre vents et marées, la première femme de sa longue histoire. Disons, une fois de plus, les choses comme elles sont : à tort ou à raison, mes estimables confrères ne voulaient une femme à aucun prix. L'Académie est une tribu. La tribu avait ses rites. Aucun règlement n'interdisait l'accès des femmes au sein de la vieille institution. Mais il y avait plus fort que le règlement. C'était la tradition. […]
Je n'ai pas agi par féminisme, maître de vérité. Ni par complaisance. Je ne connaissais pas Marguerite Yourcenar. Je ne l'avais jamais rencontrée. J'admirais tout simplement l'auteur de L’Œuvre au noir et des Mémoires d'Hadrien. Avec une naïveté d'enfant, je ne voyais aucune raison de ne pas la prendre parmi nous.
Rien ne m'irrite davantage que la bienveillance des bonnes âmes qui me félicitent d'avoir contribué à l'élection d'une femme à l'Académie française. Je n'ai contribué à rien du tout. J'ai imposé Marguerite Yourcenar à une Compagnie attachée depuis toujours à ses particularités et qui répugnait au changement.
La bataille fut très rude. […]
À ces arguments assez bas, je répondais, par des arguments plus bas encore :
Vous ne voulez pas de femme ? Je vous en propose une qui cumule tous les avantages. Non seulement elle a un talent qui n'est pas loin du génie – ce n'est rien, ce n'est rien du tout - mais encore elle ne vous encombrera pas beaucoup : elle habite l'Amérique, elle ne sera jamais là.
Et, pour faire bonne mesure, j'ajoutais une flèche du Parthe, largement empoisonnée, que je devais à un autre écrivain que j'admirais beaucoup et qui ne portait pas Yourcenar dans son cœur, l'auteur de Belle du Seigneur, Albert Cohen :
Je vois bien ce que vous craignez chez une femme : sa beauté, sa grâce, son charme, toujours capables du pire. Avec Yourcenar, tout risque est écarté.
Marguerite Yourcenar fut élue contre les convictions et les vœux d'une large majorité parce qu'il était impossible de se déclarer ouvertement contre elle. [...]
Jean d'Ormesson, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.
Disponible dans la collection Folio de Gallimard, 489 pages.
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