Ne nous égarons pas dans les détails décoratifs : je suis un solitaire de bonne compagnie. Faut pas trop me courir sur le haricot, c'est tout !

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Toussaint

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(La ballade des cimetières)

Lundi 1 novembre. FÊTE NATIONALE DES MORTS
    Il ne faut pas espérer changer les morts, cela se vérifie facilement de leur vivant. Penser à changer l’eau des fleurs. Soirée idéale pour commencer à écrire dans le calme : le motif m’échappe, mais il semble qu’on ait renoncé à tirer le feu d’artifice.

GENÈSE

 

Le premier jour : Dieu créa les cieux et la terre dans l’obscurité. C’était à la fois très humide et incommode ; il eut, après seulement, l’idée de créer la lumière et il trouva que c’était pratique. La journée avait été rude, alors il fit revenir les ténèbres qu’il appela nuit et il alla se coucher.

 

Le deuxième jour : Dieu s’avisa, dès le petit matin, qu’il y avait de l’eau partout, sur la terre mais aussi dans les cieux, et il créa une étendue entre les deux qu’il appela ciel. C’est tout ce qu’il eut le temps de faire ce jour-là avant la tombée de la nuit.

 

Le troisième jour : Dieu, qui en avait assez d’avoir les pieds dans l’eau, décida de créer le sec. Il appela le sec terre (j’ai repéré les mauvais esprits qui ont entendu sectaire et en tirent déjà des conclusions pour l’avenir) et il appela la masse des eaux mers (j’ai toujours à l’œil les mêmes iconoclastes qui prétendront qu’Homère c’est de la mythologie). Il vit que cela était bon et il s’endormit avec la satisfaction du travail bien fait.

 

Le quatrième jour : Dieu pensa que ce serait bon d’installer des luminaires dans le ciel, un grand pour le jour et un plus petit pour la nuit, et il se dit aussi que ce serait joli, la nuit, de parsemer le ciel de luminaires encore plus petits. Il créa donc le soleil, la lune et les étoiles, et il vit que cela était bon. Il passa le reste de la journée à lézarder au soleil et, ce jour-là, il se coucha très tard car il voulut vérifier l’effet que rendait pendant la nuit l’ensemble de ses luminaires. Il vit que c’était réussi, il en fut heureux et il s’endormit avec des étoiles plein la tête.

 

Le cinquième jour : Dieu, toujours sous le charme de son inspiration de la veille, se dit qu’il pouvait faire encore mieux. Il créa les poissons, tous les animaux aquatiques et les oiseaux, et il jugea qu’effectivement cela prenait bonne tournure. Ce n’est pas lui qui aurait eu l’idée de faire de ce vendredi le jour du poisson : il avait aussi créé les oiseaux, ce n’était pas pour se priver. Il mangea de tout de bon appétit et il alla se coucher repu.

 

Le sixième jour : Dieu, à qui il ne restait qu’à peupler les terres, créa les animaux selon leur espèce, le bétail et tous les reptiles. Il trouva que ce n’était pas mal mais que ce serait plus agréable d’avoir quelqu’un qui puisse régir tout ça. Il créa donc un homme à son image. C’était parfait, ou presque, car il avait oublié la femme. C’était la première fois qu’il faisait preuve d’étourderie. Qu’à cela ne tienne, il prit une côte à l’homme et à partir d’elle créa la femme : en toute bonne foi, il venait de commettre la vraie bavure originelle. Comment aurait-il pu imaginer que l’homme, dans sa stupidité, tirerait de cette bévue le sentiment qu’il était fait pour occuper, en tous domaines, la première place, et que la femme devrait en supporter les conséquences ? Il ne le pouvait certes pas puisque, ayant créé l’homme à son image, c’eût été admettre qu’il était lui-même un peu limité. Cela ne fait rien, il trouva que la femme était gironde, que les deux faisaient un beau couple, et que c’était bien l’essentiel. Alors, il se présenta à eux et fut heureux qu’ils lui reconnaissent un air de famille. Ils firent ensemble le tour du propriétaire. L’homme et Dieu s’entendirent très bien, la femme en parut agacée. Elle n’avait d’yeux que pour son homme, Dieu ne s’en offusqua pas ; il jugea que c’était dans l’ordre des choses, il leur adressa un clin d’œil complice et il les laissa pour qu’ils fassent ce qu’ils avaient envie de faire. Cette nuit-là, il fit lui-même de nombreux rêves érotiques.

 

Le septième jour : Dieu passa en revue tout ce qu’il avait fait dans la semaine et il s’accorda un satisfecit. Il était fatigué mais ça valait la peine, et il partit se reposer à la campagne. L’homme et la femme, en se réveillant, lui rendirent grâce de les avoir créés. Ils avaient découvert pendant la nuit tout ce qu’ils pouvaient faire ensemble et ça leur avait beaucoup plu. C’était, pour eux, le premier jour entier dont ils allaient avoir la liberté de disposer, c’était en outre un dimanche, ils en conclurent qu’ils débutaient sous de bons auspices et, comme ils étaient jeunes, séduisants et nus, ils en profitèrent pour recommencer. Ainsi passèrent-ils la journée à mettre au point plusieurs nouvelles positions et, la soirée venue, ils en avaient oublié Dieu.

 

 

   Voilà où nous en sommes aujourd’hui : beaucoup de temps a passé, Adam est chauve depuis longtemps et accumule les pannes d’érection, Ève s’est rabattue sur les sex toys. L’homme s’accroche à ses prérogatives, la femme rogne difficilement son retard, les uns et les autres sont devenus très irritables, seul Dieu, en cette fin d’après-midi, est d’excellente humeur. Il vient de découvrir les cimetières en fleurs.

   Tiens, se dit-il gaiement, le printemps est venu bien tôt.

   Il n’avait pas de calendrier sur lui, comment aurait-il pu savoir que c’est jour de Toussaint ? En s’en apercevant, il prend la mouche. C’est qu’avec l’accumulation des millénaires ses étourderies répétées l’ont rendu un peu soupe au lait.

   Après tout, maugrée-t-il, qui pourrait me prouver que les hommes existent ?

 

                                                                                                                                                                © Géhèm

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M
Ah bah... Voilà donc le vrai récit de la genèse, ou Genèse pour être respectueux? Mais moi, je ne suis pas respectueuse (attention à ce que tu vas dire, hein?).<br /> Mo
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G
C'est pas moi qui l'ai dit, m'dame, c'est Sartre. Non, mais quel grossier personnage ! ;o)
W
mon seigneur est trop bon
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G
<br /> <br /> C'est quand même dommage que tu ne me les aies pas demandés plus tôt ! <br /> <br /> <br /> <br />
W
cet article m'inspire un peu de compassion et ne soyez pas triste si je vous dis que les morts qu'en ils sont morts ils ne se voient pas mais ce qui restent eux , eh ben c'est comme les cons , en<br /> tout cas j'aime assez la dérision que cet article à dieu , moi je suis prêt à croire à tout mais donné moi les numéros de loto
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G
<br /> <br /> 5 16 23 29 41 complémentaire 1<br /> <br /> <br /> <br />
F
c'est raconté avec saveur... tu peux avoir confiance en toi cher Géhèm... Bisous songeurs
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G
<br /> <br /> Modérément, et surtout pas tous les jours !<br /> <br /> <br /> Bisous au mlel... et à la pomme. <br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> Et Pom vit que ton texte était bon...<br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Merci de me donner cet encouragement à croire... en moi (de temps en temps).<br /> <br /> <br /> <br />