Ne nous égarons pas dans les détails décoratifs : je suis un solitaire de bonne compagnie. Faut pas trop me courir sur le haricot, c'est tout !
Par Géhèm
"Tu les trouves jolies mes fesses ?"
...Bon, ça c'est fait !
Je n'ai pas perdu de temps à suivre la réunion Tupperware d'hier soir : tu penses bien qu'à mon âge je suis équipé depuis longtemps... Si quelque chose m'a surpris, ce matin ? Même pas d'apprendre que les 5 commis-voyageurs ont attiré près de 10 millions de téléspectateurs. Apparemment, l'affichage du résultat des ventes est remis à plus tard.
J'étais occupé à chercher Conversations d'un enfant du siècle de Frédéric Beigbeder, qui fait partie de ces livres que je n'ai pas encore pris la peine de ranger, et dans lequel je me rappelais avoir rencontré un de ces traits de caractère qui me font idolâtrer le sieur Fion. Je l'ai retrouvé.
Nous sommes en mars 2008, rue de Varenne (Paris VIIe), à l'Arpège, "maison de cuisine" qui a trois étoiles au Guide Michelin. Beigbeder y a convié Alain Finkielkraut pour enregistrer une interview.
Nous venions de nous asseoir quand soudain des gardes du corps à oreillettes sont entrés : François Fillon et Michèle Alliot-Marie s'installaient pour déjeuner à quelques mètres.
(Le repas et l'interview avancent. Et soudain...)
François Fillon : Tu vas bien ?
Alain Finkielkraut : Bonjour...
Frédéric Beigbeder : Je signale au lecteur que le Premier ministre est venu serrer la main d'Alain Finkielkraut, puis la mienne, et M. Fillon lui a dit : "Tu vas bien ?", en le tutoyant, ça confirme son soutien à l'actuel gouvernement. Vous pouvez le publier sur Internet, vite, vite, vite !
AF : Maintenant qu'il m'a tutoyé, mon soutien devient illimité.
FB : Incroyable. Vous vous connaissez d'où ?
AF : De nulle part.
FB : Tout de même, il vous tutoie. Moi, je vous connais bien, je suis venu parler du roman contemporain à votre cours de Polytechnique, vous m'avez invité à votre émission sur France Culture, et pourtant je vous vouvoie.
AF : J'ai rencontré Fillon deux fois dans ma vie. Une fois, il m'a reçu quand il était ministre de l'Education. J'étais très heureux de cette réception parce que ce n'était pas un déjeuner, et on était seuls.
FB : Vous n'aimez pas les déjeuners, je suis très triste.
AF : Non, mais avec les ministres, ce n'est pas très drôle. Ils reçoivent avec leur directeur de cabinet qui est le flic de la maison. Là, on était seuls. Et puis on s'est retrouvés à côté lors d'une émission sur l'éducation.
FB : Il doit y avoir une ivresse de devenir un peu copain avec quelqu'un de très puissant ? Vous ne pensez pas que c'est un danger pour un intellectuel ?
AF : Non, ça ne rime à rien. Il m'a tutoyé mais je ne le vois jamais. Je suis arrivé à un âge où ça se clarifie dans ma tête. J'aimerais avoir la chance d'échanger avec des hommes de pouvoir.
...
Eh bien voilà, je suis heureux d'imaginer que, neuf ans après, les choses se sont encore un peu clarifiées pour Finkie (à défaut de quoi, il pourra toujours retourner à l'Arpège et demander à Alain Passard comment on clarifie un couillon bouillon).
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