Ne nous égarons pas dans les détails décoratifs : je suis un solitaire de bonne compagnie. Faut pas trop me courir sur le haricot, c'est tout !
Par Géhèm
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Il y avait un bail que les derniers clients avaient déserté la terrasse. Momo et Lu, bien que tout à leurs aises maintenant, et qui auraient prolongé de bon gré cette agréable parenthèse, firent observer que le garçon serait sans doute heureux de pouvoir quitter son service. Certes, reconnut Marie-Claude. Il convenait d’ailleurs, trognon comme il s’était montré ! qu’il eut sa part de la libéralité de papy.
- Je vous fais découvrir la région, mes biquets ?... Alors, tout schuss sur le Safari Parc du congé payé à loilpé !
…Sur le trajet, c’était comme sur les cartes postales : taureaux, chevaux, des flamants roses, des aigrettes, et des flopées d’oiseaux à qui ils étaient infoutus de donner un nom juste.
Déjà, sur le parking où ils tournaient depuis plus d’un quart d’heure à la recherche d’une place, des animaux de tous cuirs, de tous poils, des gras, des maigres, des entre deux, avec leur drap de bain, leur parasol, leur glacière ; des fesses drôles, des fesses mornes ; des seins fluets et des mamelles exubérantes ; des sexes rabougris, des pendeloques de nantis ; quelques gracilités émoustillantes. Beaucoup de viande.
- Oh, doux Jésus, une variété mutante de Flamands roses ! s’exclama Marie-Claude en désignant deux bibendums dont les coups de soleil illuminaient le paysage. Faudrait des tonnes de crevettes pour nuancer ainsi le plumage d’un Belge !… Mais, me trompé-je, mes biquets ? C’est la voiture de votre protecteur ou pas ?
C’était !
- Il est encore en train de se faire endaufer dans un coin, je parie... Allez ! tant pis pour la suite de notre visite, mes doux chéris : nous aurons l’élégance de ne pas perturber ses loisirs.
- Non, il en est réellement, tu es sûre ? s’effara Momo.
- Bof, personne n’est infaillible ! accorda distraitement Marie-Claude. Il peut aussi être là en famille, en compagnie de sa bourgeoise.
- Tout de même, ce qu’on peut se tromper sur les gens ! releva Lu, avec un sourire pensif.
- Je ne vous ai naturellement rien dit, mes chéris ! Bon, on aura quand même bien profité de la journée, pas vrai ? Si on rentrait doucettement ? On pourrait commencer à se pencher sur votre apprentissage. Je veux pouvoir être fière de vous, vous savez !
Oui, oui, naturellement ça aussi !... Ils n’y voyaient plus tout à coup le même caractère d’urgence ; Lu, surtout, ne s’était toujours pas exactement fait à l’idée de s’exhiber comme un phénomène de foire. Momo, lui, avait plutôt dans la tête qu’une gentille bourre, juste en bons camarades, conclurait sacrément mieux l’après-midi.
Il n’eut pas l’agrément de mener sa rêverie plus avant, encore moins d’en faire miroiter les avantages :
- Il faut que je vous remercie du fond du cœur, mes deux biquets : j’ai, grâce à votre tact, passé le plus merveilleux des dimanches. Elle en avait sa claque, à parler franc, de toute les têtes de nœud sur pattes qui ne voyaient en elle qu’une bécasse à embrocher ! Ça la gavait, que disait-elle ! ça lui trouait le cul qu’on n’en eût à quatre-vingt-dix-neuf pour cent qu’à ses fesses. Que ce soit clair ! elle en usait comme ça lui chantait, mais elle en accordait déjà assez dans le bizness. Bref, cela avait été un bonheur rare d’avoir été en compagnie de deux gentlemen old fashion !
Elle aurait pu, se désola Momo à part lui, se dispenser de son hommage ; au moins pour cet après-midi. Dans le registre cérémonieux, elle n’était pas à la hauteur de son attractivité sexuelle. Et merde ! c’était bien sa chance qu’elle le prît pour un foutu taré de gentleman.
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