9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 18:45

Photo : Matthieu Dupont.*

J'aurais aimé en rester à ces informations de mi-décembre dernier et à cette vidéo dans laquelle il était encore plein de cet enthousiasme joyeux dont je ne l'ai jamais vu se départir. Une chute survenue à son domicile aura mis un terme à ce miracle de vie. Il est mort dans la nuit du 2 au 3 de ce mois à l'hôpital d'Aubenas, à quelques jours de ses cent ans, qu'il aurait eu le 14 prochain.

C'est un message d'Anne Lüscher** déposé sur ma page CONTACT qui m'en a appris la nouvelle avant-hier, en début de soirée, alors que ses obsèques avaient eu lieu la veille à Labeaume dans la plus stricte intimité familiale, compte tenu des mesures de confinement actuelles.

 

C'est, entre autres, à sa page Wikipédia que nous devrons de le retrouver un peu désormais. Dèjà fournie, elle ne demande qu'à être enrichie.

Un site de préparation de son catalogue raisonné est en ligne depuis 2017 et accueille à ce jour 1725 oeuvres. Pour toute entrée nouvelle, prière de s'adresser à sa fille :

 

Dinah Kikoïne

7, rue Fernand Couturier 91120 Palaiseau

dinahkikoine@free.fr

téléphone : 01 60 10 05 95

 

J'avais eu, en octobre 2018, le plaisir de publier ici même un billet dans lequel j'espère que certains rencontreront l'occasion de le retrouver, tel qu'ils l'ont connu, et d'autres celle de le découvrir au mieux de sa verve.

J'y avais évoqué sa donation de 1987 au musée de Noyers. Je suis heureux d'apprendre qu'il l'avait complétée presque au lendemain de ma publication.

Ecoutons-le encore une fois (j'ai sa voix au creux de l'oreille) :

 

DISCOURS NEGRO

Ma vie a été une improvisation perpétuelle comme la concession du même nom. Je m’étais bien habitué à cette existence où ma bonne étoile m’avait protégé jusque là. Tout, ou presque tout, me réussissait et, à toutes les époques j’ai eu de fidèles amis qui ne se seraient pas fait tuer pour moi, heureusement. J’ai échappé à maints dangers par miracle et c’est pourquoi j’y crois, j’y ai toujours cru. En tout cas, il est bien sûr qu’ils se manifestent pour certains artistes. D’abord à Toulouse durant l’occupation où toute la famille Kikoïne fut dénoncée à la milice de Pétain, et plus tard au moment de la libération, toujours dans la ville rose, où ces mêmes sbires souhaitaient ajouter un juif à leur tableau de chasse… avant de se dissoudre dans la nature. J’ai eu bien d’autres occasions d’abréger mes jours : sur la route d’abord, en Algérie dans ma 4 CV, lorsqu’un camion fou et ivre me barra la route à 100 km à l’heure, au bas d’un virage en épingle à cheveux ; au Sahara, ensuite où je me perdis corps et biens, à deux reprises. Chaque fois j’ai bien senti que mon tour n’était pas encore arrivé. Côté sentiment, tendresse, je n’ai rien à envier à quiconque, car j’ai eu mon content d’amour. Plus que je ne méritais, c’est bien sûr. J’ai usé et abusé de mon cœur. A un âge fort avancé, j’ai encore bénéficié de la faveur des dieux (d’Israël) qui m’ont envoyé une compagne …

Côté peinture, je me réjouis là également, car cet art d’enfant que j’avais pratiqué dès mes culottes courtes en allant sur le motif avec mon père, a comblé la part de curiosité poétique et créatrice si indispensable à l’Homo Sapiens. J’ai peint sans doute et sans m’en douter quelques beaux tableaux et beaucoup d’exécrables. Que les amateurs qui en possèdent me pardonnent, je n’avais que de bonnes intentions en les peinturlurant. C’est vrai aussi qu’ils ne se sont pas ruinés pour les acquérir. Je suis bien aise d’avoir préalablement dilapidé un peu de ce que j’avais amassé, car comme disait le grand Utrillo un jour de cuite : « … ce qu’on garde pourrit, ce qu’on donne fleurit… ». Il reste un peu partout des œuvres de toutes sortes et je suis persuadé (que dis-je convaincu) que mes héritiers se les partageront équitablement. En fin de parcours, je n’ai pas bien saisi si la vie avait une réelle signification, mais j’ai vécu comme si elle en avait. On passe son temps à se réjouir ou à s’attrister, à faire du bruit avec la bouche ou avec des pinceaux, et puis on arrive toujours au même endroit. Je ne regrette pas d’avoir privilégié les petits à-côtés de la vie, d’être demeuré un touche-à-tout, un amateur doué. Tout le monde ne peut être Soutine ou Bach, j’ai quand même le sentiment d’avoir inventé une chansonnette.

Jacques Yankel

Daniel Hoffman -Original Klezmer.

* Le site de Matthieu Dupont : CLIC

** Le site d'Anne Lüscher : CLIC

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ADDENDUM.

A bâtons rompus, autour de son rapport à l'Ardèche, à l'Afrique et à l'écriture...

Et aussi...

Enfin, pour refermer (provisoirement) l'album de famille...

¤ Sur la suggestion de JMA, la vie artistique à Labeaume (Yankel, mars 1997) :

¤ NB : CATALOGUE

Autour du "derrick de nuit" figurant au catalogue raisonné provisoire sous le n° 701, voir sa relation avec le catalogue Le pétrole vu par cent peintres (Musée Galliera - Paris, 6 au 21 octobre 1959) :

Jeanne Daour (7) & Jeanne Daour (8)

 

En date du 26/08/20, Dinah Kikoïne me confirme :

Le derrick : il s’agit bien entendu du N° 701 de la base de données. Dans ces années là, mon père a peint plusieurs toiles et lithographies, entre autre à la demande de la Cie Esso et du mari de sa soeur qui possédait une société de forage, la Forex. Les reproductions servaient aux cartes de voeux de ces sociétés, cadeaux de lithos aux actionnaires et autres clients. Pour la petite histoire une des invitations représente une station essence Esso. Mon père était d’autant plus intéressé qu’il avait été peu de temps avant, en tant que géologue en Afrique du nord pour faire des recherches sur de possibles gisements.

Dinah Kikoïne me rappelait en outre que les différentes "festivités" du centenaire Yankel ont bien sûr été reportées pour cause de virus mais que les expositions organisées par le Département de l'Ardèche sont toujours prévues en septembre et octobre.

J'ai aimé la vidéo conçue par le Département pour cette occasion.

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commentaires

A
Yankel aurait eu 100 ans aujourd'hui ! Mais avec le confinement il n'y aurait pas eu de fête.Il y avait une expo de ses oeuvres prévue en octobre à Lagorce,,j'espère qu'elle sera maintenue même s'il faut porter des masques !
Merci Géhèm pour les 3 vidéos rajoutées !
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G
Les événements qui avaient été programmés pour célébrer son centenaire sont nombreux. J'espère que la grande majorité d'entre eux pourra être maintenue.
...J'ai pris connaissance de ton courriel d'hier soir avec beaucoup d'intérêt, j'y répondrai un peu plus tard.
F
Suis retournée à la source me poser dans ta tanière et revoir ce sympathique et talentueux bonhomme. Puis de nouveau ici mes suis régalée à le voir, l'écouter, ainsi que ses artistes-étudiants africains qui l'encensent. Mais que c'est ballot de tomber dans les escaliers.. mazette je suis bien triste car il avait encore beaucoup à dire .. Merci à toi pour cet hommage plein de charme et de tendresse. Bisous aux fraises des bois
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G
Merci. je le fais remonter dans le corps de mon billet.
J
Trouvé ceci, de sa plume, sur le site de la mairie de Labeaume :
http://mairiedelabeaume.fr/patrimoine/histoire/lart/
G
Bisous Fanfan,
Je viens de lire plusieurs hommages de ses "artistes-étudiants" africains, ainsi que les échos que Médiapart, Le Quotidien de l'Art et Artension rendent de son parcours et de son oeuvre.
M
Je n'ai pas dû valider mon commentaire hier :
Je ne connaissais pas du tout cet artiste et j'ai un peu honte de mon ignorance...
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G
Tu ne manques que d'un peu de mémoire. Tu avais commenté mon précédent billet. ;o)
J
C'est un hommage très vivant que tu lui rends grâce à ton diptyque, je me suis laissé entraîner jusqu'au bout.
En suivant la vidéo Yankel-l'Afrique à l'atelier5 j'ai découvert celle-ci
https://www.youtube.com/watch?v=C7KKPxcxGLg
Je ne sais pas si tu l'avais vue
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G
C'est un réel plaisir d'ouvrir mon administration en y découvrant ton commentaire... et ta découverte. :o)
Un nom : Gobbi est venu me rappeler des souvenirs d'adolescence (le monde est décidément minuscule), et j'ai par ailleurs trouvé son contenu fort intéressant.
Elle se termine en queue de poisson, mais peut-être la ferai-je remonter dans mon billet sous forme d'addendum... Encore que j'apprécie que les lecteurs se donnent un peu la peine de chercher.
M
toute une époque ! J'ai réalisé en parcourant son catalogue l'étendue de son registre artistique.
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G
Un petit maître (ce qui en peinture n'a rien du côté péjoratif que l'on y mettait en désignant des personnages précieux et prétentieux)... Le terme, que j'avais utilisé à propos de son père, lui avait beaucoup plu et je crois qu'on peut parfaitement le lui appliquer. Sa place est loin d'être négligeable dans l'histoire de l'art français contemporain.
J'ajouterai que ses étudiants des Beaux-Arts ont eu bien de la chance.
G
sacré bonhomme que je découvre et bel hommage.
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G
Tu as oublié le sapeur Camember.
T
Voilà,
(ou ailleurs Fontenelle, Lévi-Strauss, et Emile Allais !)
G
Si tu ne l'as déjà fait, je t'engage à feuilleter son catalogue raisonné en cours d'élaboration. Je viens de corriger à l'instant le nombre erroné d'oeuvres que j'avais mentionnées.
R
Bonjour Géhèm !

Un homme complet et un grand esprit :
« … ce qu’on garde pourrit, ce qu’on donne fleurit… »
Je garde cela en mémoire de son discours négro !

Dans la peine un hommage soulages ...

Bonne journée !

Le Rotpier

https://rotpier27.wordpress.com/
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G
J'arrive ! ;o)
R
A cœur vieillissant, rien n'est impossible tant qu'il bat encore !
Joyeuses Pâques !
G
"Le grand Utrillo, un jour de cuite"... In vino veritas. :o)
Et pourquoi ne pas y trouver le fond d'un rébus à venir ? ;o)
J
Je l'apprends avec tristesse.
Je ne l'avais rencontré qu'à l'occasion de vernissages il y a déjà longtemps et j'ai gardé le souvenir d'un homme aimable et curieux des autres. J'aime beaucoup les vitraux qu'il a créés pour l'église romane de Balazuc. Un lieu d'art et de paix où j'aurai l'occasion de saluer sa mémoire (cet été, je l'espère).
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G
J'avais évoqué ses vitraux dans un billet consacré à Luce Vincent. Je crois me rappeler que c'était au travers de ce lien :
http://pormenaz.free.fr/Balazuc.php
C
je suis retourné à ton premier article...même commentaire en y ajoutant 2 ans, je suis triste à l'idée de savoir que je ne pourrai plus en ajouter ne serait-ce qu'un...mais quelle vie magnifique.
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G
Les vidéos sont là pour nous garder son rire... L'écho des rires est la première des choses qui se perdent quand on n'en a pas conservé de support.
N
plus qu'une chansonnette et quand bien même...
youtube.com/watch?v=8JqZ2iez7Xs
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G
Et quand bien même... Tu as raison.
"On passe son temps à se réjouir ou à s'attrister, à faire du bruit avec la bouche ou avec des pinceaux..."
La trace d'une vie. Ce petit air entêtant...
Bises
J
Une plume épatante comme tu le disais en plus de sa créativité effervescente, j'espère que son livre "De Vilno à la Ruche" pourra voir le jour.
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G
Je ne vois pas de raison pour qu'il n'en soit pas ainsi. J'en prendrai des nouvelles plus tard.