13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 16:37

Le néologisme est plaisant, isn't it ? L'expression est de Mélanite qui, au retour d'un séjour dans les Landes (où, vous l'aurez vu, elle s'en était allée cueillir des étoiles), l'a appliquée au contenu de ma courte vidéo précédente et donc, pour partie, à une petite oeuvre personnelle que j'ai assez aimée pour la garder : "Quand je serai grand je serai épicier".

...C'est plus qu'assez de ne la revoir qu'à moitié.

Au-dessus d'elle, une oeuvre de Robert Petit-Lorraine et l'occasion qu'elle me donne d'évoquer le souvenir de ce grand artiste trop modeste pour briller dans un siècle où prévaut le tapage.

Des reflets de soleil qui ont quelques années et ont eu pour effet de me ramener l'esprit plusieurs décennies en arrière, au tout début d'un bel après-midi ensoleillé d'octobre dans le milieu des années 80. Dans ces années-là, des Petit-Lorraine j'en avais déjà vu des centaines : encres de chine, aquarelles, lavis, huiles ou sérigraphies. Mais jamais encore je n'avais eu l'occasion de feuilleter ces précieuses éditions originales dans lesquelles sont regroupées des merveilles de dessins qui comptent parmi les plus belles illustrations qu'on ait faites de la poésie de Saint-John Perse. Et c'est ce plaisir délicat que m'offrit ce jour-là Robert Petit-Lorraine lui-même en m'invitant à découvrir l'ensemble de ses exemplaires réservés, en sa discrète demeure (elle l'était autant que lui) de "la Châtaigneraie".

 

De Petit-Lorraine, tout compte fait, on trouve très peu d'informations et d'images sur le net. Pas la moindre page Wikipédia. Mais qu'importe ? Il suffit d'une belle page aux mots justes. Et c'est sans réserve aucune que je partage ceux qu'écrivit Jean-Pierre Rosnay à son propos :

Rien n'est si difficile que d'accéder à la simplicité.

Oiseau - Encre de chine et lavis d'encre sur papier.

D'autres bonnes lignes, il y en eut un moment sur le web. Elles venaient, me semble-t-il, de la Fondation Saint-John Perse. Une causerie autour d'une programmation culturelle, et qui a dû en rejoindre les archives. Etait-ce à l'occasion de l'expo 1981 "Deux regards sur Saint-John Perse : Lucien Clergue, photographe, et Robert Petit-Lorraine, peintre" ? Je ne saurais plus l'assurer.

 

C'est presque par hasard qu'il y a un peu plus de cinq ans je suis tombé sur ce tout petit coin de verdure où s'élève une stèle toute simple. Deux photos prises avec mon mobile. En les revoyant aujourd'hui, je pense à cet après-midi lointain où je me délectais de la découverte de dessins tout de légèreté et de finesse. Comme le champagne que son auteur avait eu la délicate élégance de m'offrir.

 

 

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 04:30

Au-delà du catalogue Le pétrole vu par cent peintres, dont sortiront peut-être de nouvelles informations à partir des recherches qu'elle a entreprises, c'est à une dernière trouvaille tout à fait séduisante qu'Irène Ducrocq a pu porter un intérêt actif.

 

Paris, le 8 juillet dernier. A l'initiative de Millon & Associés, était présenté à la vente un lot d'Art Moderne de très belle qualité (comme en témoigne l'autoportrait de Jeanne Hébuterne, compagne de Modigliani) dont la pièce maîtresse - un Nu aux mains croisées en bois [H : 106 cm] sculpté par Alexander Calder en 1927 et estimé entre 150 000 et 200 000 € - s'est envolée à 520 000 €.

Rien d'approchant pour L'atelier du peintre de Jeanne Daour (huile sur toile de 161x96) qui en faisait partie et était estimé entre 600 et 800 €. Mais, au contraire de nombreuses oeuvres qui n'ont pas rencontré d'acquéreur, la toile a trouvé preneur à 1433 € . A ce prix-là, incontestablement, un amateur de peinture avisé. Présente à Paris, le jour de l'exposition publique (à la veille de la vente), Irène Ducrocq avait pu voir le tableau accroché aux cimaises et en discuter avec l'experte qui n'a malheureusement pas eu de détails biographiques à lui donner.

Nous nous satisferons de la reproduction proposée par le site de la maison de ventes, dont la définition nous permet d'apprécier l'excellent état de conservation de l'oeuvre originale.

Une reproduction qui met en valeur la fraîcheur de la palette et une vivacité de facture remarquable tout en autorisant une qualité de zoom intéressante.

L'oeuvre datée de 1951, en bas à droite, et signée DAOUR à l'envers, au dos de la verrière (à proximité immédiate de la porte), appelle quantité d'observations captivantes que je me garderai de développer ici.

Blog d'humour, n'oublions pas. Le seul fait que je sois encore chez OverBlog en témoigne.

Je remercie celles et ceux qui auront eu la patience de rester jusqu'au bout.

Une dernière image pour vous récompenser, ça vous va ?

Jeanne Daour - crayon (1939).

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 14:09

Retour sur le "catalogue à surprises": Le pétrole vu par cent peintres (Musée Galliera,1959).

 

Entre Roger Crusat [qui s'y trouve orthographié fautivement CRUZAT] et Jacques Despierre, dont je n'ai pas vu les toiles sélectionnées, nous avons découvert grâce à Irène Ducrocq L'Artiste et le Pétrole de Jeanne Daour.

C'est en revenant sur la participation de Jacques Yankel - Derrick de nuit - et en l'examinant avec attention que nous saisirons mieux les difficultés qui peuvent se rencontrer dans une reproduction en noir et blanc.

Répondant, le 28 avril, à mon souhait de découvrir le derrick de Yankel, Irène Ducrocq m'écrivait : Je n'ai pas vu "Derrick dans la nuit" dans le catalogue raisonné(1). Il y a des oeuvres de la même époque, aussi en noir et blanc... Je vous joins une photo pour que vous ayez une idée, en attendant de pouvoir faire de vrais scans.

(1) Le catalogue raisonné de Yankel recense à ce jour 7 derricks répertoriés sous les n°

- 528 & 700 (année 1958)

- 701 (année 1959)

- 702, 931, 932, 933 (années 1957/1959)

Pour aller au plus court, j'ai rapproché le n°701 (huile sur toile de 110x110) de la toile qui fut exposée au musée Galliera...

...Avec la tentation de conclure qu'il s'agit de la même. Est-ce le cas ? Une grande majorité des éléments tend à me le faire croire, certains détails me donnant cependant à penser qu'elle a pu être partiellement retravaillée. La faible qualité de la réduction en couleur n'en facilite pas l'examen. (Peut-être Dinah Kikoïne, fille de Jacques Yankel, pourra-t-elle apporter une lumière nouvelle sur cette oeuvre.)

 

(NB)

En date du 26/08/20, Dinah Kikoïne me confirme :

Le derrick : il s’agit bien entendu du N° 701 de la base de données. Dans ces années là, mon père a peint plusieurs toiles et lithographies, entre autre à la demande de la Cie Esso et du mari de sa soeur qui possédait une société de forage, la Forex. Les reproductions servaient aux cartes de voeux de ces sociétés, cadeaux de lithos aux actionnaires et autres clients. Pour la petite histoire une des invitations représente une station essence Esso. Mon père était d’autant plus intéressé qu’il avait été peu de temps avant, en tant que géologue en Afrique du nord pour faire des recherches sur de possibles gisements.

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Certains seront sans doute intéressés par la confrontation des reproductions noir&blanc et couleur d'une autre toile figurant au catalogue.
Il s'agit de La Raffinerie de René Margotton que j'ai découverte en fin de mois dernier.

Les liens ont été ajoutés au bas de l'article.

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Mais c'est une autre double découverte d'Irène Ducrocq qui m'a tout particulièrement réjoui...

Nature morte vers 1955 (21x25) Acquisition Centre National des Arts Plastiques (1955)

Crédit photo : Yves Chenot

 

Très joli petit format accompagné d'un détail prometteur :

"La fiche renseigne la nationalité, et précise : roumaine avant 1948
S'il y a eu une naturalisation, je peux me renseigner sur la possibilité d'en savoir plus."

 

Dans le même message, Irène mettait en avant François Gall, autre participant à l'exposition Le pétrole vu par cent peintres, dont elle venait d'étudier la fiche Wikipédia et me soulignait sa communauté d'origine avec Jeanne. Ce qui, à mes yeux, est loin d'être sans intérêt, au moins pour un détail. C'est ce qu'exprimait ma réponse :

 

Très rapidement encore, sur François Gall, un peintre dont je connaissais un peu l'oeuvre (peinture très élégante et, pour finir, assez mondaine) : j'avais relevé cette communauté relative d'origine entre Jeanne et lui, que vous me signalez, et qui a pu les rapprocher un moment (autant que leur fréquentation d'Othon Friesz) d'autant que leurs dates de naissance sont très proches. Leurs fins de vie, également très proches sans doute, sont en revanche diamétralement opposées et je doute qu'il y ait à chercher dans cette période quelque relation que ce soit entre eux.

Le point important étant que François Gall a obtenu sa nationalisation en 1949.

(Ionesco, par ailleurs, en 1950)

Il n'est pas impossible que Jeanne - qui pouvait alors bénéficier du réseau relationnel de Jerome Hill - l'ait obtenue dès 1948.

Sur ce point, nous en sommes encore là aujourd'hui.

Mais, l'intérêt d'Irène pour Jeanne ne se démentant pas, c'est une autre belle surprise que j'aurai à vous proposer dans un billet prochain.

(A suivre...)

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Pour conclure celui-ci :

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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 16:44

Un catalogue à surprises...*

 

La surprise initiale...

Un message d'Irène Ducrocq sur mon adresse contact le 7 avril dernier, en pleine période de confinement (que mon adresse contact, depuis longtemps défaillante, ait joué son rôle était en soi déjà une heureuse surprise) :

Bonjour Géhèm, Jeanne Daour a exposé une toile « L'artiste et le pétrole » au musée Galliera en 1959, lors d'une exposition organisée par Shell-Berre : Le pétrole vu par cent peintres. Ma source est le catalogue de cette exposition. Les reproductions sont en noir et blanc. Le tableau est un autoportrait ; en arrière-plan, lampes et bougies devant une fenêtre, un bout de mur avec deux esquisses. Moi aussi, elle m'a touchée.

Cordialement.

 

Pas de photo, le formulaire de contact ne le permet pas.

Le surlendemain, pouvait me parvenir - à mon adresse mail, cette fois - image du catalogue en question et de sa page de présentation...

* Le pétrole vu par cent peintres

5 octobre 1959. Catalogue de l'exposition Le pétrole vu par cent peintres

Editeur : Musée Galliera - Paris

Imprimeur : L'EDITION ARTISTIQUE - Paris

Présentation :

Une préface pages 5 et 6

Reproductions en N & B de peintures à l'huile de 103 artistes peintres

Artistiquement, je ne doute pas que vous ayez déjà vu catalogue plus engageant.

Du moins est-il pleinement inspiré par l'esthétique dominante des années 50 et en accord avec l'affiche de l'exposition que conçut Paul Colin, l'un des affichistes les plus intéressants et les plus sollicités de l'époque (ajout personnel)...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais l'essentiel était là...

La reproduction pleine page de la toile conçue par Jeanne Daour :

Regret, bien sûr, que le catalogue ait été imprimé en noir et blanc.

Irène Ducrocq me précise :

Beaucoup de peintres ont répondu à la commande en représentant des raffineries. D'autres ont choisi des derricks, des pétroliers. Certains ont traité le sujet des usages domestiques : pompes à essence, lampes à pétrole, réchaud de camping. Jeanne Daour est la seule à avoir fait un autoportrait. En arrière plan, c'est peut-être un tableau, et pas une fenêtre, comme je le pensais tout d'abord.

Il me faut dire que l'image ici reproduite l'a été grâce à un appareil photo. Alors contrainte de rester chez elle, privée de scanner, Irène Ducrocq m'a fait la proposition de scanner l'ensemble du catalogue dès qu'elle le pourrait (je n'en demande pas tant) et m'informait de ce qu'elle avait entrepris des recherches sur chacun des peintres représentés dans l'espoir de repérer un potentiel témoin (ce qui l'a conduite jusqu'à mon blog).

Dire ensuite que, si l'absence des couleurs d'origine ne facilite pas l'analyse du tableau, la première interprétation paraît être la bonne : il faut voir dans le grand motif de droite une fenêtre dont la vitre fermée sur la nuit reflète les objets du premier plan (lampes, bouteille, etc...). Un environnement d'atelier banal qui nous plonge de façon sensible dans le quotidien de Jeanne.

 

C'est un temps considérable que nécessitent des investigations à mener sur 102 autres créateurs dont à ce moment j'ignorais jusqu'au premier nom. Voulant, en date du 16 avril, en féliciter Irène, j'avançais en conclusion d'un courriel :

PS : En songeant à Jeanne, je ne peux m'empêcher de penser que Jacques Yankel qui vient de disparaître l'a peut-être connue.

Je vous laisse le lien de l'article que je lui ai consacré sur mon blog (qui sait si quelques noms qui y sont évoqués dans une pièce rapportée ou l'autre ne figurent pas dans le catalogue Shell-Berre ?)

http://gehem.over-blog.fr/2020/04/jacques-yankel-1920-2020.html

 

Retour de courriel : Jacques Yankel faisait partie des "100" de cette exposition, avec un tableau intitulé "Derrick de nuit". (Nous y reviendrons plus tard.)

L'information était accompagnée de la liste complète des exposants.

Un certain nombre d'entre eux étaient liés, d'après ce que j'ai pu déduire de la lecture des pages wiki, me précise Irène.

L'un d'eux, Maurice Buffet, habitait à Coulomb, en Eure-et-Loir, un village voisin du mien, et c'est peut-être pour cela que j'ai trouvé le catalogue ici. (Jeté, j'adore faire les bennes). C'était il y a dix ans, et voilà ce confinement qui me donne l'occasion de m'y consacrer enfin.

Insérer ici la liste des 103 prendrait trop de place. Je l'ai cependant épluchée, je crois, autant qu'il m'était possible, dans l'optique de dégager de nouvelles pistes qui auraient rapproché l'un ou l'autre de Jeanne.

Une grosse poignée de signatures dont je connaissais assez largement l'oeuvre (Brayer, Carzou, Toffoli, Waroquier, Paul Colin...), deux petites poignées de noms dont j'avais rencontré quelques réalisations. Pour le plus grand nombre, inconnus au bataillon : c'était le cas de Maurice Buffet (la renommée de son homonyme a dû lui faire pas mal d'ombre) dont j'ai découvert pour l'occasion d'assez nombreuses reproductions avec plaisir, sans en être bouleversé.

De tout ce monde, par ailleurs talentueux, qui reste-t-il aujourd'hui ? Aucun de ceux qui autour de la filiation artistique d'Othon Friesz auraient été les plus susceptibles d'avoir connu notre Jeanne. Un survivant, Claude Yvel (90 ans, cette année) dont je doute que son activité ait pu l'amener à connaître les circonstances de sa fin de vie.

 

A quelques semaines près, j'aurais peut-être pu interroger Yankel, en me gardant bien de penser qu'il aurait été en mesure de m'en apprendre davantage qu'un autre. C'est, en tout cas, en faisant part de ces réflexions à Irène que je lui exprimai ma curiosité de découvrir son "Derrick de nuit" pour vérifier s'il figure sous l'une des sept références que j'avais notées dans l'ébauche de son catalogue raisonné... PATIENCE !

 

Dans son tout dernier courriel en date, Irène Ducrocq me donnait le lien d'une archive du Monde dans laquelle sont cités une grosse quarantaine d'exposants. Jeanne Daour n'en fait pas partie. S'agissant d'un article réservé aux abonnés, peut-être est-elle présente dans la partie à eux seuls accessible.

 

Entre-temps, outre l'approche du tableau de Yankel, d'autres surprises m'avaient réjoui.

Point trop n'en faut étaler d'un coup sous peine de lasser.

 

(A suivre...)

 

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 14:49

...Ou l'émotion du temps retrouvé.

 A gauche, Varian Fry - A droite, reconstitution 3D de Air-Bel par Alain Guyot et ses étudiants de l'ENSA Marseille.

Qui se souvient de Varian Fry, le "Schindler américain" qui débarqua à Marseille en 1940 avec 3000 dollars en poche et une liste de 200 personnalités à exfiltrer en un mois, et en fut expulsé treize mois plus tard par les autorités de Vichy après avoir sauvé plus de 2000 personnes ?

...Je n'en savais, pour ainsi dire, à peu près rien avant qu'Anne Lüscher* (qui m'avait précédemment alerté sur la mort de Jacques Yankel) me découvre des pans entiers de cette histoire en m'ouvrant à des souvenirs et des sources qui, pour certaines, lui furent intimement proches.

C'est une des bonnes surprises que m'aura offertes le confinement.

UN FILM DOCUMENTAIRE :

Un livre :

VILLA AIR-BEL 1940-1942 Un phalanstère d'artistes

Alain Guyot et Diana Pollin

Editions de la Villette

Rien ne prédisposait Varian Fry à l’héroïsme. Fils de famille bourgeoise, il grandit dans cette Amérique des banlieues riches du New Jersey, avant d'intégrer l'université de Harvard. Diplômé en 1931, il pratique à la fois le journalisme et le professorat de lettres classiques. Envoyé à Berlin en 1935 pour un reportage sur le nazisme, il y découvre les persécutions contre les juifs et prend conscience de la menace totalitariste qui allait mettre l'Europe à feu et à sang. Son destin est scellé. Mais que faire ? Écrire, militer, protester, manifester, aider des réfugiés austro-allemands fraîchement arrivés à New-York, cela parvient un temps à apaiser sa bonne conscience. En 1940, avec le soutien d'Eleanor Roosevelt et du Musée d'Art Moderne de New-York, il prend part à la fondation d'un Centre Américain de Secours (The Emergency Rescue Committee) dont la mission serait de faire sortir de France artistes, savants, philosophes et écrivains de renommée regroupés à Marseille, capitale de la Zone Libre de "l'Etat français". Regroupés ? Oui, mais surtout piégés ! La Zone Libre fut un vaste camp d’internement dans l’attente de l’inévitable invasion nazie. Très vite, le comité veut envoyer un homme de confiance connaissant bien l'Europe et parlant couramment le français à Marseille. Fry se porte candidat.

Le temps était compté.

Fry arrive à Marseille le 14 août 1940 pour une mission de 3 semaines et l'objectif de sauver 200 personnes parmi lesquelles : Victor Serge, romancier, essayiste et trotskiste, André Breton, les peintres Oscar Dominguez, Wifredo Lam, Max Ernst, Hans Bellmer, Marcel Duchamp, Victor Brauner, Jacques Herold, Jacques Lipschitz, André Masson, les écrivains Heinrich et Golo Mann, Franz Werfel, Lion Feuchtwanger, Benjamin Péret, les philosophes Hannah Arendt, Anna Seghers et Claude Lévi-Strauss, le prix Nobel de médecine Otto Meyerhof et la claveciniste Wanda Landowska.

Trois semaines ? Quand il y a ceux qui ne veulent pas partir, dont Marc Chagall (Fry se déplace pour le convaincre, mais en vain. Chagall se voit avant tout artiste, la police le voit avant tout juif et l'arrête. Fry le fait sortir de prison et l'expédie illico en Amérique avec femme et enfant).

Fry restera 13 mois et aura sauvé plus de 2000 personnes avant d'être expulsé en septembre 1941.

La mission de Fry est aussi le récit d’une rencontre avec la Villa Air-Bel, vestige d’une France humaniste et éclairée par les idéaux républicains, qu'il loue en marge de la ville. La France qui l'a enchanté lors de ses voyages de jeunesse, il la retrouve dans ses garnitures et équipements, dans son jardin à la française, et sur son belvédère surplombant la vallée de l’Huveaune. Il installe ses artistes/candidats à l’exil dans cette villa deve-nue Château Espère Visa et réinvente un pays où il n’était pas interdit de penser, de parler et de créer librement… comme avant ! C’est toute la brève aventure que relate cet ouvrage à deux voix.

Regrettant la démolition de la Villa Air-Bel en 1982, ses auteurs, Alain Guyot et Diana Pollin, s’emploient tant par le récit historique et biographique que par le dessin à la faire revi-vre, y compris en nous livrant les coulisses du travail de reconstitution numérique des lieux mené avec les étudiants en architecture de l'ENSA Marseille.

Alain Guyot, architecte, enseignant à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Marseille, chercheur.

Diana Pollin, Américaine d'origine, professeure d'université, auteure, traductrice.

Un site remarquablement documenté, initié par Alain Guyot (dont nous entendrons la voix dans le commentaire du film qui va suivre), ressuscite la villa Air-Bel au-delà même de la reconstitution 3D dont nous pouvons suivre chacune des étapes.

Pour l'ensemble des éléments relatifs à la reconstitution virtuelle, en particulier, voir le menu de Restitution 1940

 

* Anne Lüscher (son site de peinture)...

Architecte DPLG en 1976, c'est au retour de plusieurs années en Afrique qu'elle passe un post-diplôme en architecture bioclimatique et se lie d'amitié avec Alain Guyot qui était alors son professeur principal.

Une de ses compositions qui m'évoque Marseille :

Le vagabond (CLIC sur le titre)

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Proposée par JMA, le 16.06 :

André Breton/Villa Air-Bel, une vidéo d'Alain Paire.

CLIQUER sur REGARDER SUR VIMEO.

Quelques suggestions de lecture en complément du sujet :

 

Le Diable en France, de Lion Feuchtwanger, 360 p. - Le Livre de Poche, 7,90€

Seul récit autobiographique d'un des plus grands écrivains allemands de son époque, Le Diable en France retrace l’internement de Lion Feuchtwanger au camp des Milles, près d'Aix-en-Provence. Exilé dès l'arrivée des nazis au pouvoir, Lion Feuchtwanger vit pendant six ans « heureux comme Dieu en France », pour reprendre le dicton germanique. Mais l'enfer commence pour lui avec la débâcle française de 1940, quand il est incarcéré avec d'autres artistes juifs allemands ou autrichiens en exil. Petits et grands malheurs de ces intellectuels arrachés à leur univers, mais aussi cruelle désillusion de cet admirateur de la patrie des droits de l'homme vis-à-vis de la France qui l'a trahi : ce récit est une mise en garde bouleversante contre ce « diable de la négligence, de l'inadvertance, du manque de générosité, du conformisme, de l'esprit de routine »...

 

Transit, de Anna Seghers, 376 p. - Le Livre de Poche.

"Si ce roman est devenu le plus beau de ce que Anna Seghers a écrit, c'est certainement à cause de la situation historique et politique, atrocement unique, qu'elle a choisie comme modèle-référent. Je doute que notre littérature, après 1933, puisse montrer beaucoup de romans qui soient écrits comme celui-ci, sans défaut, avec l'assurance du somnambule." Heinrich Böll. Marseille 1940. Anciens combattants de la guerre d'Espagne, déserteurs, juifs, écrivains, artistes et opposants allemands au nazisme, certains réfugiés en France dès 1933 comme Anna Seghers, tout ce que la Wehrmacht pourchasse se trouve, pour ainsi dire, acculé le dos à la Méditerranée, en attente d'un hypothétique embarquement vers la liberté. Si Marseille est encore située en zone libre, personne parmi les fugitifs ne doute de l'imminence d'une occupation totale de la France. Dans le dédale de Transit, on assiste à une chorégraphie de la comédie humaine qui n'en finirait pas de s'être déréglée. (in Babelio)

 

Max et Leonora, de Julotte Roche, 184 p. - Le Temps Qu'il Fait.

Que le peintre surréaliste Max Ernst et Leonora Carrington aient vécu dans mon village, qu’ils aient choisi, en 1939, le calme de Saint-Martin d’Ardèche aurait pu suffire à mon bonheur. Mais leur image était trop belle.
Assis sur les pierres chaudes, Max regardait intensément la rivière. À ses côtés se tenait, «magnifique et nue », la belle Leonora. Il lui disait combien il était heureux. Elle chantonnait paradise.
Quand ils se sont relevés, je n’ai plus rien compris. Max avait des menottes aux poings et Leonora courait en cheveux dans les rues du village.
Leonora, que s’est-il passé en mai de 1940 dans ce petit village français ?
Longtemps après, je me suis glissée à leur place, j’ai fermé les yeux et écouté leur absence. J’ai tout entendu des pierres, elles m’ont laissé transcrire cette histoire, elles m’ont choisie. C’est normal, moi aussi je suis minérale. — (J. R.)

 

 

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