2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 07:55

C'est une des belles surprises que peut réserver la tenue d'un blog : un commentaire tardif (15/03/2017) laissé sur un article ancien (30/08/2012)... "Par hasard j'ai lu sur votre blog les touchants propos concernant Jeanne Daour et ce fut un choc. J'ai vécu une histoire similaire avec cette artiste... une histoire que je ne suis pas près d'oublier. Si cela vous intéresse je vous la raconterai par mail."

C'est ainsi que dès le surlendemain je reçus de Bernard Neveu le témoignage d'une rencontre aux dimensions sans communes mesures avec celle que je relatais.

 

Au printemps 1971 je vivais dans l'atelier américain de la Cité Internationale des Arts à Paris et un soir, très tard, une femme frappa à la porte : Jeanne Daour... S'ensuit la description d'une clocharde effrayée traînant deux valises, disant que sa vie était en danger et qu'elle désirait fuir en Israël avant de mourir. Une histoire pathétique dans laquelle le Président Pompidou, Alain Delon et plusieurs autres personnes la menaçaient. Elle cherchait un jeune artiste américain pour sauver son oeuvre en l'emportant avec lui aux Etats-Unis. Elle ne trouva qu'un jeune artiste canadien.

Elle me supplia, les larmes aux yeux, d'emporter ses dessins à Montréal car le Président & compagnie voulaient détruire son oeuvre.

[...Comme Bernard, jeune peintre déjà conscient de la valeur de cet abandon, montrait beaucoup de réticence à en accepter le don...] Pour me convaincre elle me donna l'adresse de monsieur Jerome Hill à New-York afin qu'il me confirme qu'elle était une artiste de qualité. Elle voulait même me donner les clefs de son appartement près de la Contrescarpe pour que j'aille prendre ses tableaux car pour elle, y retourner, c'était la mort assurée !!! Après de longues discussions j'ai enfin pris la pile de dessins, elle m'embrassa en pleurant et me remercia. Elle quitta l'atelier et je ne l'ai jamais revue.

Ce fut la rencontre la plus bouleversante de ma vie et encore aujourd'hui j'y pense très souvent.

 

Bernard Neveu m'écrivait à cette occasion avoir plus de cent dessins de nus, d'orchestres et d'un pont de Paris (le pont Marie ?).

Je reproduis ci-après 2 des 5 croquis d'atelier qu'il a eu l'amabilité de joindre à son courriel :

Jeanne Daour (2)

Je suis peintre, me précisait-il, et j'ai enseigné 34 ans la peinture et le dessin d'après modèle à l'Université du Québec, montrant souvent les dessins de Jeanne Daour à mes étudiants pour les inciter à aller le plus loin possible dans la vérité et la sensualité des corps. Ces merveilleux dessins me hantent et me réjouissent car Jeanne Daour était une grande artiste.

Ce premier échange m'a amené à vérifier, par un souvenir croisé, la date précise de ma propre rencontre avec Jeanne Daour : été 1973, soit deux ans plus tard. C'était en Ardèche (que faisait-elle là ?), à la différence des quelques autres qui m'ont été relatées et qui ont toutes pour cadre Paris.

J'ai  cherché à aller un peu plus loin dans la connaissance de celle qui est devenue au fil du temps "notre" Jeanne. Ce sera l'objet d'un prochain article.

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commentaires

F
Ayant raté en temps réel la première suite donnée à tes recherches concernant cette mystérieuse artiste, suis allée réécouter le "Poème roumain" de Georges Enesco : une façon de me remettre dans ce qui m'avait tant touchée à la lecture de ton billet en 2012. Je n'avais hélas aucun moyen de t'aider dans ta démarche car en fait j'ignorais l'existence de Jeanne Daour dans mon souci de faire se rencontrer la peinture féminine et la musique, j'avais fait le choix de ne m'intéresser qu'aux artistes décédées avant le 20ème siècle. <br /> Suis ravie que tu reprennes cette quête pleine d'émotion et de mystère. Bisous soyeux et mélodieux
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G
Tu as pu bénéficier des 4 nouveaux volets dans la continuité... Comme le disent les Ecritures, les derniers seront les premiers. Et tu es d'ailleurs la première à mentionner une écoute du Poème roumain : viens ici que je t'embrasse, tu l'as bien mérité. ;o)
M
Almanito a raison, c'est une histoire étonnante qui mériterait que tu lui donnes du corps.
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G
Ce n'est pas au programme, du moins dans l'immédiat, mais tu peux voir -ce dimanche- que je lui ai au moins rendu un visage. ;o)
J
Quel oeil, quelle patte ! Quelle sensibilité ! J. Hill pouvait être à juste titre admiratif de son talent.
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G
C'est la raison pour laquelle j'aimerais lui donner ne serait-ce qu'un peu plus de visibilité.
M
J'aime aussi beaucoup ces croquis.
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G
J'ai encadré la majorité de ceux que je détiens (ils sont les jumeaux de ceux-ci) et je continue à les regarder avec un intérêt et un plaisir toujours renouvelés.
C
sacrée histoire et chouette échange...mais tu es sûr de ne pas regretter l'époque où tu marchais sur l'eau? ;-)
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T
en effet (qu'importe l'exemple) <br /> l'âge, ou le temps formalise, nous formate (avant de nous anéantir)
G
A chaque âge ses plaisirs, j'apprécie aujourd'hui d'avoir les pieds au sec. ;o)
R
Bonjour Géhèm !<br /> <br /> De très jolis croquis et je suis d’accord avec Bernadette !<br /> <br /> Bonne journée !<br /> <br /> Rotpier<br /> <br /> https://rotpier27.wordpress.com/
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G
A la bonne heure ! Il ne manquerait plus que tu te frites avec Bernadette, faute d'être d'accord ! ;o)
A
C'est une histoire rocambolesque et belle, ça mériterait d'en faire une bio romancée, allez Géhèm, au boulot!<br /> Les croquis sont très beaux, dommage de ne pas en voir plus.
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G
Chaque chose en son temps, si l'envie devait m'en venir, mais tu as déjà pu lire -ce dimanche- que la réalité a encore son lot de surprises à nous proposer.
N
ouah! j'en ai les larmes aux yeux<br /> bises<br /> ...et pas gloup! ;)
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G
Tu as une belle sensibilité. Je te bise.<br /> ...Ah, tiens ! tu as vu que je m'étais rasé. ;o)
P
Beaucoup d'émotion, de tendresse et d'admiration dans cette histoire touchante. Je suis heureuse d'avoir fait cette découverte grâce à toi et t'en remercie. J'aime ces femmes tout en courbes bien loin des "planches à pain" qu'on nous impose comme modèles.
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G
Emouvante histoire, en effet, d'un grand talent artistique entravé par d'importants problèmes psychologiques.<br /> J'aimerais que ces différents témoignages contribuent à donner un peu de la lumière posthume qu'elle mérite à une artiste tombée dans la misère dont, pour l'instant, nous ne connaissons même pas la date de la mort.