Ne nous égarons pas dans les détails décoratifs : je suis un solitaire de bonne compagnie. Faut pas trop me courir sur le haricot, c'est tout !
Par Géhèm
C'est une des belles surprises que peut réserver la tenue d'un blog : un commentaire tardif (15/03/2017) laissé sur un article ancien (30/08/2012)... "Par hasard j'ai lu sur votre blog les touchants propos concernant Jeanne Daour et ce fut un choc. J'ai vécu une histoire similaire avec cette artiste... une histoire que je ne suis pas près d'oublier. Si cela vous intéresse je vous la raconterai par mail."
C'est ainsi que dès le surlendemain je reçus de Bernard Neveu le témoignage d'une rencontre aux dimensions sans communes mesures avec celle que je relatais.
Au printemps 1971 je vivais dans l'atelier américain de la Cité Internationale des Arts à Paris et un soir, très tard, une femme frappa à la porte : Jeanne Daour... S'ensuit la description d'une clocharde effrayée traînant deux valises, disant que sa vie était en danger et qu'elle désirait fuir en Israël avant de mourir. Une histoire pathétique dans laquelle le Président Pompidou, Alain Delon et plusieurs autres personnes la menaçaient. Elle cherchait un jeune artiste américain pour sauver son oeuvre en l'emportant avec lui aux Etats-Unis. Elle ne trouva qu'un jeune artiste canadien.
Elle me supplia, les larmes aux yeux, d'emporter ses dessins à Montréal car le Président & compagnie voulaient détruire son oeuvre.
[...Comme Bernard, jeune peintre déjà conscient de la valeur de cet abandon, montrait beaucoup de réticence à en accepter le don...] Pour me convaincre elle me donna l'adresse de monsieur Jerome Hill à New-York afin qu'il me confirme qu'elle était une artiste de qualité. Elle voulait même me donner les clefs de son appartement près de la Contrescarpe pour que j'aille prendre ses tableaux car pour elle, y retourner, c'était la mort assurée !!! Après de longues discussions j'ai enfin pris la pile de dessins, elle m'embrassa en pleurant et me remercia. Elle quitta l'atelier et je ne l'ai jamais revue.
Ce fut la rencontre la plus bouleversante de ma vie et encore aujourd'hui j'y pense très souvent.
Bernard Neveu m'écrivait à cette occasion avoir plus de cent dessins de nus, d'orchestres et d'un pont de Paris (le pont Marie ?).
Je reproduis ci-après 2 des 5 croquis d'atelier qu'il a eu l'amabilité de joindre à son courriel :
Je suis peintre, me précisait-il, et j'ai enseigné 34 ans la peinture et le dessin d'après modèle à l'Université du Québec, montrant souvent les dessins de Jeanne Daour à mes étudiants pour les inciter à aller le plus loin possible dans la vérité et la sensualité des corps. Ces merveilleux dessins me hantent et me réjouissent car Jeanne Daour était une grande artiste.
Ce premier échange m'a amené à vérifier, par un souvenir croisé, la date précise de ma propre rencontre avec Jeanne Daour : été 1973, soit deux ans plus tard. C'était en Ardèche (que faisait-elle là ?), à la différence des quelques autres qui m'ont été relatées et qui ont toutes pour cadre Paris.
J'ai cherché à aller un peu plus loin dans la connaissance de celle qui est devenue au fil du temps "notre" Jeanne. Ce sera l'objet d'un prochain article.
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